• Coupe du monde 2014 : une chance ou une malédiction pour le peuple Brésilien?

    Coupe du monde 2014 : une chance ou une malédiction pour le peuple Brésilien?

     

    Un regard nuancé sur la question

    A quelques heures du coup d'envoi de la coupe du monde de football, je m'entretenais avec un ami belge expatrié depuis de nombreuses années au Brésil et lui faisais part de la tristesse qui m'animait à l'idée de ce que cet événement allait se produire au détriment du bien être du peuple brésilien. Ne m'intéressant plus à ce genre de spectacle de masse depuis longtemps, il ne m'avait pas échappé depuis quelques mois que le réseau d'informations alternatives relayait de nombreuses manifestations d'un peuple réclamant que le denier public soit utilisé à des fins plus utiles compte tenu de la misère qui règne dans le pays. Mon ami m'invita alors à lire un article qu'il a écrit récemment pour répondre aux nombreuses questions de ses contacts européens qui souhaitaient savoir ce qu'il en pensait.  Avec sa permission j'ai décidé de partager ce texte avec vous afin de vous permettre de vous faire une opinion plus nuancée que celle que nos merdias officiels d'une part, et de nombreux merdias alternatifs (qui hélas commencent à pulluler, eux aussi) d'autre part, nous invitent à faire nôtre.   Certes, cela ne réconciliera pas avec ces méga-événements qui détournent l'attention des masses de ce qui devrait vraiment les préoccuper, mais il existe derrière ces polémiques une manipulation politique qui mérite d'être dénoncée.  Je vous laisse en prendre connaissance et tirer vos propres conclusions. 

    Le Brésil et la Coupe du Monde 

    Comme la Coupe du Monde approche et que des gens commencent à me demander ce que j'en pense, étant donné que je vis au Brésil depuis 7 ans et que ma vie est liée à ce pays depuis 28 ans, voici un petit aperçu de ma vision des choses, de l'intérieur, mais aussi en tant qu'étranger, à un peu plus d'un mois du début de la grande foire footballistique mondiale : 

     

    Tout d’abord, pour que les choses soient claires, il est évident que beaucoup de choses au Brésil ne sont pas ce qu’elles devraient être : niveau d’éducation indigne de la 7e économie mondiale, accès aux soins de santé problématique (pour les plus démunis), sécurité, corruption, le coût de la vie a énormément augmenté et, dans les grandes villes, ne correspond absolument pas aux salaires, notamment celui des enseignants, les transports publics sont chers, etc.

    Plein de choses ne fonctionnent pas comme elles le devraient… 

    Mais, sur ces 12 dernières années, le Brésil, qui était la 16e économie mondiale, est devenue la 7e, la classe moyenne est maintenant la première classe économique du pays, alors qu’elle ne représentait qu’un faible minorité de la population, voici seulement 15 ans, le taux d’analphabétisme des moins de 14 ans est passé de plus de 9% à moins de 5% de la population, le Brésil est devenu le 4e marché automobile mondial en termes de nombre de véhicules achetés chaque année (devant l’Allemagne, par exemple), il existe un véritable accès gratuit aux soins de santé, y compris orthodontistes et aux médicaments (je le sais, j’en bénéficie), qui n’est certes pas toujours efficace, mais qui existe réellement, la qualité de vie s’est améliorée dans 84% des municipalités (enquête internationale), le taux de chômage est inférieur à 6% (dont une bonne partie occupe des emplois informels), le réseau d’enseignement supérieur public (gratuit et d’excellent niveau – les meilleures universités du pays) a été extrêmement développé dans toutes les régions du Brésil et à partir de 2016, ces mêmes universités seront obligées d’accepter 50% d’étudiants provenant de l’enseignement secondaire public (lisez les classes économiques les plus basses), des programmes tels que « bolsa familia » (programme de salaire minimum pour les plus démunis, ayant sorti des centaines de milliers de familles de la misère), luz e água para todos (électricité et eau courante pour tous), « Minha casa » (programme d’habitations sociales) , etc. ont transformé le pays et ont fait surgir une classe moyenne, devenue la principale du pays, alors qu’elle était presque inexistante, il y a à peine 12 ans.

    Donc, des choses sont faites et, souvent (pas toujours) plutôt bien faites. Bien sûr, des dizaines ou des centaines de millions sont détournés chaque année et la corruption est impressionnante (même si elle est certainement bien pire dans des dizaines de pays dans le monde). Mais, grande nouveauté, ces dernières années, des hommes politiques puissants et des partis au pouvoir ont été jugés et condamnés pour corruption, ce qui a évidemment fait dire à la population que le gouvernement actuel est plus corrompu que les autres, alors qu’en fait, la seule différence, c’est que la corruption a cessé d’être un sujet tabou, et que, comme dans malheureusement, l’immense majorité des pays du monde, le système de corruption est institutionnalisé et n’est absolument plus l’apanage de l’un ou l’autre parti. D’ailleurs, si on regarde les statistiques des « affaires » de corruption de ces dernières années, les partis au pouvoir ne sont pas les plus concernés.

    Enfin, les brésiliens ont beaucoup de mal à comprendre (et c’est compréhensible), qu’aucun pays au monde ne serait capable de transformer un système éducatif inefficace, injuste, précaire, de bas niveau, en un système performant, juste et de qualité en 10 ans. Le système se trouvait dans un tel état de délabrement, qu’il s’agit d’un travail de longue haleine (au minimum 25 ans) pour en voir les résultats (il faut bien former des étudiants à l’université, qui vont devenir de bons professeurs, qui vont former eux-mêmes des jeunes, qui deviendront de bons professeurs et ceci de façon exponentielle). 

    En ce qui concerne la Coupe du Monde, pour commencer par tordre le cou à un lieu commun, l’investissement consenti par le Brésil pour organiser la Coupe du Monde (et les J.O., de 2016), est presque insignifiant par rapport à PNB du pays : U$ 10-15 milliards sur 7 ans (+ U$ 2 milliards/an) pour un PNB annuel de plus de U$ 2.000 milliards, ça signifie moins de 0,1% de ce PNB. Donc, le lieu commun de dire que le Brésil utilise ses fonds pour la coupe au lieu de les consacrer à l’éducation n’a aucun sens. Que les investissements sont insuffisants en matière d’éducation et de santé (alias, plutôt qu’insuffisants, je dirais qu’ils sont souvent mal utilisés), c’est un fait, mais déclarer que cette insuffisance est due à l’organisation de la coupe du monde, ce serait aussi incohérent que de déclarer que l’on ne peut pas payer son loyer, parce qu’on a acheté une boîte de Coca le même mois, pour donner un ordre de grandeur plus ou moins équivalent.

    Depuis plus ou moins deux ans, la police et l’armée sont entrées dans les favelas (on dit communautés, maintenant, favelas est devenu un gros mot) et les ont « pacifiées » (pas encore toutes), en démantelant les systèmes de trafic de drogue, d’armes, etc. Cela ne s’est pas fait sans mal, il y a eu de véritables combats et 95% des habitants de ces communautés sont infiniment heureux de pouvoir à nouveau vivre dans un environnement (relativement) sécurisé (ce qui d’ailleurs entraine maintenant d’autres phénomènes intéressants, comme, par exemple, une spéculation immobilière intense autour des terrains, parfois situés face à l’océan, sur lesquels sont implantées les favelas, mais c’est un autre sujet).     

     

    Il faut se rappeler d’où vient le Brésil. Il y a 25 ans, le quotidien ici, c’était les escadrons de la mort, une misère régnant en maître dans le pays et une injustice sociale mille fois pire que ce qu’elle est aujourd’hui.

    Ce n’est pas une excuse, mais, ça remet les choses dans le contexte.

    Ce que beaucoup de gens ignorent aussi, en dehors du Brésil, c’est que 3 mois après la Coupe du Monde, le pays aura ces élections présidentielles. Donc, la coupe, période durant laquelle le monde entier, ou presque, aura ses yeux braqués sur le pays, est instrumentalisée par les partis d’opposition (et c’est de bonne guerre), qui savent que s’ils parviennent à instaurer le chaos durant cette période, disposeront d’un merveilleux argument électoral. Cette opposition (de tendances diverses, mais plutôt de droite ultralibérale) rêve de reprendre le pouvoir, qui leur échappe depuis 2002.

    Je passe mon temps, depuis que je suis ici, et plus encore, ces deux dernières années, à défendre l’action du gouvernement actuel contre beaucoup de brésiliens, à la mémoire que je trouve fort courte, tout en reconnaissant que le nombre de choses qui doivent être améliorée est encore énorme, mais, que si le Brésil est loin d’être aussi merveilleux qu’il pourrait et devrait l’être, en tout cas, les progrès de ces dernières années sont immenses et sont à mettre, sans aucun doute, au crédit des gens qui sont actuellement, et depuis 12 ans, au pouvoir.    

    Axel Dieudonné

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  • Commentaires

    1
    Philippe
    Jeudi 10 Juillet 2014 à 16:27



    Bonjour,


    J’ai lu quelques billets de ton blog et j’ai retenu cette phrase « mon besoin de vérité et de justice étaient plus forts que la peur du regard des autres et de leur rejet »


    Je t’invite à lire ce livre :


    http://www.lelivredevie.com/Sommaire.php#.U75j3LFcaQM


    C’est le pain et l’eau apporté à ceux qui ont faim et soif de la vérité.


    http://www.youtube.com/watch?v=JL-J8-yJg6Y


    Philippe

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